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Dans une caverne près de Thangu*, Alexandra étudie le tibétain et sa philosophie, et… se met au régime ascétique !

 

D'une caverne près de Thangu, 2 novembre 1914: 

 

« Quelques lignes seulement, un courrier du maharadjah est venu m'apporter du pain, des bougies et des journaux et repart, j'en profite pour envoyer ce mot à la poste.

Je suis à jouer la femme de la période quaternaire dans un abri de roche dont l'entrée est pourvue d'un mur en pierre sèche et d'une porte primitive. Après les grands froids endurés au Thibet je me trouve là presque chaudement. L'altitude de ma caverne est d'environ 4 000 m sur un flanc de montagne escarpé et merveilleusement ensoleillé. Nous n'avons eu que deux jours de neige depuis que nous sommes ici, mes serviteurs et moi, mais toutes les montagnes en face, côté nord, sont blanches. Je me porte très bien, j'ai considérablement maigri, effet du froid et d'un régime ascétique (un seul repas par jour - la tasse de chocolat du matin et le thé au lait du soir exceptés). Je me réjouis de ce résultat, car je devenais ridicule. Je n'oserais pas encore me déclarer mince, il s'en faut, mais mes proportions sont devenues plus raisonnables et je me trouve infiniment plus alerte. Je pioche ferme le tibétain et viens de me décider à passer l'hiver à Lachen dans le monastère dont le yogi, dont je suis actuellement l'hôte, est le chef. »

 

Le 3e Lachen Gomchen Rinpoché (1867-1947)

[maître et ami d’Alexandra] devant son ermitage vers 1915

(Wikipédia)

Quelques jours plus tard en novembre 1914

 

«  [...] Je suis toujours dans ma caverne, le grand lama qui a bien voulu m'admettre à partager sa montagne et à être mon professeur de langue et de philosophie tibétaines se montre d'une extrême bonté pour moi, me pourvoyant de beurre de yack, de lait, de fruits. Cela fait, par exemple, il est exigeant en ce qui concerne l'étude, il me pousse comme un cheval de course et réclame une obéissance absolue. Je la lui ai d'ailleurs spontanément offerte, connaissant les coutumes de l'Orient à ce sujet. Le résultat est excellent. J'ai plus appris ici en quinze jours qu'en un an à Gangtok. »

« Cette rude vie me plaît. »

 

[extraits de lettres d’ADN à Philippe Néel]

 

 

*Thangu se trouve à 30 km de Lachen, au Sikkim, à une altitude de 4000m. Durant les mois de mai et juin cette vallée est tapissée de fleurs alpines qui sont remplacées par la neige d’octobre à mars.

east-himalaya. Kanchenjunga from Dzongri

Les animaux ont-ils une âme ?

 

 

Tandis qu’Alexandra David-Néel se trouve en 1912 à Pakyong (au Sikkim), elle raconte dans une lettre à son mari cette histoire qu’elle tient de son « maître d’école » qui lui narre l’enfance de son poète favori MILAREPA * :

« Tout cela est miraculeux, merveilleux, prodigieux à souhait » souligne-t-elle.

Il s’agit d’un tueur de l'abattoir qui a occis des tas de moutons :

« Un jour, prêt à abattre le dernier du lot de la journée, il voit l'animal essayer, avec ses petites pattes liées, de pousser le couteau posé à terre et de le dissimuler sous un petit tas de sable, tandis que des pleurs coulent de ses yeux. Et le tueur professionnel d'être bouleversé, de comprendre que l'animal est un être sensible et pensant. Naturellement le mouton est épargné, et l'homme, pénétré d'horreur pour sa profession, et ne pouvant pas la quitter, préfère le suicide et se précipite du haut d'un rocher ; mais au lieu de s'abîmer dans le vide, il a acquis un des siddhis (pouvoirs merveilleux, surnaturels) et il vole dans l'air. Un ermite qui, pendant des années, a travaillé pour acquérir ce pouvoir s'étonne de l'injustice du sort qui accorde un tel siddhi à un homme comme le tueur. »

 

Moralité : une seule pensée de compassion pour les êtres est préférable à toute science. 

 

* Milarepa (1052-1135) est le plus célèbre des saints tibétains.

La manière parfaite et exemplaire dont il mit en application le contenu des doctrines du Mahâmudrâ et du Nâro Chödrug, aboutit à la fondation de l'école Kagyüpa, « transmission orale ».

La biographie de Milarepa, rédigée au XVe siècle, ainsi que les chants religieux qui l'accompagnent, constituent aujourd'hui encore l'une des grandes sources d'inspiration du Bouddhisme tibétain.

 

Image : Milarepa par Nickolai N. Dudka

 

Aphur Yongden a suivi Alexandra David-Néel dans tous ses voyages

Et même jusqu’à Digne, à la Maison Samten-Dzong.

 

Aphur (appelé aussi Albert par Alexandra ) accompagna l’exploratrice dans ses voyages depuis 1914 : il avait alors 14 ans.

Il était né au Sikkim le 25 décembre 1899 et va laisser sa famille pour suivre Alexandra ; il lui sera fort utile tout au long de ses voyages : « Aphur est assez doué pour les langues. En fait il en connaît cinq : le tibétain, l'anglais, l'hindi, le népalais et le dialecte lepcha. Il baragouine un peu de japonais maintenant, il se mettra vite au chinois. »

En 1925, il rentre en France avec Alexandra puis s’installe avec elle à Digne lorsqu’elle achète sa maison en 1928. Et en 1929 il devient son fils adoptif.

Entre 1937 et 1946, ils repartent encore tous deux en Asie.

Puis, ils s’installent définitivement à Samten-Dzong où il décède le 7 octobre 1955.

Ses cendres seront dispersées dans le Gange, avec celles d’Alexandra, par Marie-Madeleine Peyronnet.

 

Alexandra évoque très souvent Aphur dans ses récits car il lui fut très nécessaire et même indispensable : elle ne serait jamais parvenue à Lhassa sans l’aide de ce jeune garçon instruit et plein d’idées. Deux exemples le montrent (mais nous en donnerons d’autres).

 

 

 

 

 

Photographie extraite du livre d’Alexandra David-Néel,

Voyage d’une Parisienne à Lhassa, éd. de 1951 [coll. privée]

Lettre d’Alexandra à Philippe Néel, Pékin, 14 janvier 1918 Aphur quitte sa famille pour suivre Alexandra.

Tout le monde prédisait à Aphur les pires choses s'il ne m'abandonnait pas. Il n'en fit rien, conduisit le déménagement, l'emballage des caisses et m'accompagna. Arrivée à Gangtok, il me demanda d'aller dire adieu à sa mère. Je lui donnai 20 roupies pour elle - songe que le garçon ne touche pas de gages. C'était un maigre cadeau après ce qu'il avait fait. Chez lui, il trouva tout le monde en larmes, le suppliant de rester. Son frère aîné lui offrit de lui bâtir une maison et de lui trouver une femme pour qu'il s'établisse auprès d'eux sur leur terre commune. Aphur savait que, selon leur coutume, s'il s'en allait, il renonçait à sa part dans l'héritage de son père. Il aime sa mère aussi, et elle pleurait.,. Malgré tout, apeuré, tremblant de fièvre, il s'échappa de tout cela. C'était à la saison des pluies, une averse torrentielle roulait par les montagnes; sans doute pour se donner du courage, il s'était fait beau à sa manière arborant ma veste de soie rouge et noire qui fondait sous le déluge, il me rejoignit à la nuit. Je vis bien l'état dans lequel il était, je ne lui dis rien que : « Vas te changer et boire du thé chaud » Mais, ce petit sauvage qui se mourait de peur et jouait au héros me toucha. J'étais fort peinée de quitter le Tibet, et ce garçon avec qui je pouvais parler la langue de là-haut était tout ce qui me restait.

 

Lettre d’Alexandra à Philippe Néel, Pékin, 26 novembre 1917 : Aphur a une idée géniale tandis que les ressources d’Alexandra viennent à manquer.

Sachant que mes ressources se faisaient modestes, Aphur m'a entretenu d'une géniale idée à lui. « Voici, m'a-t-il dit, je vais prendre des élèves là-bas ; de jeunes garçons de parents riches à qui j'enseignerai l'anglais. Je vous montrerai la veille ce que je leur enseignerai le lendemain pour que vous le corrigiez ; ils me feront des présents, comme c'est l'usage, tantôt en nature - beurre, farine, riz - tantôt en argent et cela nous fera bien vivre puisque nous conserverons votre argent pour d'autres dépenses. » Cela m'a rappelé les prix de vertu : « Le domestique qui soutient son maître dans le besoin. » Je n'ai pu m'empêcher de rire, mais le garçon a son idée qui, du reste, pourrait devenir utile.

 

 

Aphur Yongden est l’auteur de plusieurs ouvrages dont  :

-La Vie surhumaine de Guésar de Ling, le héros thibétain, racontée par les bardes de son pays. Alexandra David-Néel, Aphur Yongden, préface par Sylvain Lévi, 1931

-Le Lama aux cinq sagesses, Lama Yongden, préface d’Alexandra David-Néel, Plon, 1935

-La Puissance du néant, roman tibétain, Lama Yongden, traduit et annoté par Alexandra David-Néel, Plon, 1954

-Dieux et démons des solitudes tibétaines, A. David-Néel, lama A. Yongden

-La connaissance transcendante d'après le texte et les commentaires tibétains, 1958, Alexandra David-Néel, Lama Yongden.

Photo site de la BNF, 1933

Maria Vérone : une féministe d’avant-garde comme Alexandra !

 

Maria Vérone (1874-1938, Paris) est une libre-penseuse et féministe française. 

 

 

Elle est d’abord institutrice auxiliaire de la Ville de Paris. Simultanément, elle s’occupe des universités populaires et elle milite dans les milieux socialistes. Cette activité politique déplaît à l’administration de l’Instruction publique qui la révoque.

Maria devient alors rédactrice au journal La Fronde, entièrement rédigé et réalisé par des femmes. 

 

 

 

Maria Véronne, Photo collection familiale, Domaine public.

Journal La Fronde, BNF, Gallica

 

Alexandra David-Néel a elle aussi écrit dans la Fronde, ce quotidien fondé par Marguerite Durand en 1897. Elle écrit également dans l’Œuvre, et on connait son article rédigé sur Alexandra le 4 avril 1928 (déjà paru sur ce site).

L’affaire Dreyfus se déclenche et elle rencontre sur les bancs de la presse un rédacteur de l’Aurore, Georges Lhermitte, qui devient son second mari en 1908.

En décembre 1900 passe une loi qui ouvre le barreau aux femmes. Maria Vérone, à vingt-huit ans, se met alors à préparer le baccalauréat. Munie de ses brevets élémentaire et supérieur, elle apprend, seule, le latin. Dispensée de la seconde partie (philosophie) car elle a appartenu à l’enseignement public, elle entreprend une licence en droit et devient avocate en 1908. Elle fait partie des pionnières de cette profession.

 

Maria Vérone défend le droit de vote des femmes

 

Sa vie, alors, se partage entre sa carrière d’avocate et de conférencière socialiste. Elle devient, jusqu’à sa mort en 1938, l'un des fers de lance et des porte-drapeaux du féminisme en France. Elle mène toute sa campagne sur le slogan « La femme paie l’impôt, la femme doit voter ». Elle fonde également l'Union des avocates de France. « On ne peut rien réussir de vivant sans que l'homme et la femme y travaillent ensemble ». Elle prend part à des manifestations pour le droit de vote des femmes afin de sensibiliser le public à ce combat. À ce titre, elle se rend souvent à la préfecture de la Seine pour y demander les autorisations nécessaires. En 1922, elle souhaite ainsi traverser Paris dans un autocar revêtu d'un calicot, sur lequel est inscrit : « Ligue des droits de la femme : la femme veut voter » ; la demande est néanmoins refusée et Maria Vérone annule son projet afin de ne pas compromettre le chauffeur qui devait la conduire. 

 

En 1936, lors du Front Populaire, Léon Blum en prenant la charge de président du Conseil, lui offre un poste de ministre. Mais, déjà très atteinte par le mal incurable qui va l’emporter, elle décline l’offre qui aurait fait d'elle la première femme ministre en France. Elle est décorée de la Légion d'honneur en 1936.

 

Après son décès en 1938 est créée l'association Les amis de Maria Vérone, dont certaines archives sont conservées au Centre des archives du féminisme à Angers.

Image : Une réunion de la Ligue pour le droit des femmes en 1914 avec Maria Vérone, sa présidente.

La féministe et grande exploratrice Alexandra David-Néel est reconnue dans le journal L’œuvre !

 

 

    L'Œuvre est fondé (« sans un sou de capital » et sans publicité) le 13 mai 1904 par Gustave Téry, ancien rédacteur du Journal et du Matin : d'abord mensuel, ce périodique devint hebdomadaire en 1910, puis quotidien en 1915 à 1940.

    Ce journal tire son succès initial d'un non-conformisme revendiqué, porté par des plumes comme celles d'Urbain Gohier, Séverine ou Robert de Jouvenel.

    Républicain radical et pacifiste durant l'Entre-deux-guerres, il y connait son apogée, tirant entre 108 000 exemplaires en 1917, et près de 275 000 en 1939.      Après la défaite de 1940, il devient un des journaux de la collaboration, sous la direction de Marcel Déat. Il disparaît à la Libération en 1944.

 

Extraits du Journal l’Œuvre du mercredi 4 janvier 1928 portant un article sur Alexandra David-Néel (In : Gallica, BNF)

 

Maria Vérone (1874-1938), est une libre-penseuse et féministe. A découvrir prochainement sur notre site !

RÉOUVERTURE !


 

Le mardi 26 mai 2020

L’Espace Alexandra David-Néel ouvre à nouveau ses portes.

5 Bd Thiers, Digne-les-Bains


 

Votre librairie-boutique sera à nouveau ouverte à tous aux jours et horaires habituels. En attendant, nous mettons tout en place pour vous accueillir dans les meilleures conditions et sans risque de contagion

 

Vous y retrouverez tous les ouvrages édités d'Alexandra David-Néel et sur la grande exploratrice ; des livres autour du voyage et des voyageurs, le bouddhisme, les philosophies orientales. Mais aussi statues, bijoux, vêtements, tapis... provenant du Népal et de l’Inde.


 

Au plaisir de vous y retrouver !

Et pour ceux qui sont loin de Digne, n’oubliez pas notre vente en ligne :

http://www.boutique-tibetaine-alexandra-david-neel.com/

La Maison Alexandra David-Neel, située au 27 avenue Maréchal Juin à Digne les Bains, a ré-ouvert ses portes le 12 juin 2020.

 

Pour connaître les jours d'ouverture et les tarifs : Infos

Il faut reserver pour visiter la maison, appelez au  04 92 31 32 38

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